Textes

Janine Altounian (2010, congrès)
Traumatisme : écriture et transmission

Marie Dominique Amy (2012, congrès)
La sécurité affective ses enjeux et ses aléas en famille  en institution

Marie Dominique Amy (2010, congrès)
Le traumatisme dans l’institution et en famille

Jean-Pierre Caillot (2015)
Une nouvelle séméiologie du fantasme, extrait du livre Le meurtriel, l'incestuel et le traumatique

Jean-Pierre Caillot
Les thérapies psychanalytiques de couple

André Carel (2014)
La causalité subjective dans la clinique

André Carel (2014, congrès)
Séduction et perversion. Leurs métamorphoses

André Carel (2013, congrès)
De l’agonie psychique à l‘admiration pour la croissance

André Carel (2012)
Co-dépressions mère-bébé, au regard de l’approche psychanalytique du familial

André Carel (2012)
Réminiscences de la catastrophe familiale et trilogie défensive. Paradoxalité, perversion narcissique et incestualité

André Carel (2011, congrès)
Traiter la crise institutionnelle : du dedans et du dehors

André Carel (2011)
Apprendre à jouer en consultation thérapeutique familiale

André Carel (2008, congrès)
Les formes de l’amour : différenciations méconnues

Gilles Catoire (2016, congrès)
Le psychothérapeute, la famille et l'autorité, de la rencontre à la séance

Gilles Catoire (2012, congrès)
L’institution au risque du conflit d’assignation

Albert Ciccone (2015, congrès)
Analyse des pratiques : figures, enjeux, limites

Albert Ciccone (2014, congrès)
Peut-on penser une incestualité « ordinaire » au service du développement

Jeanne Defontaine (2016, congrès)
Le bien-être et le processus d’autorité

Jeanne Defontaine (2013, congrès)
Incestualité et Antœdipe

Jeanne Defontaine
Pourquoi la psychanalyse familiale ?

Pierre Delion (2015, congrès)
Analyse de la pratique et « fonction Balint »

Pierre Delion (2012, congrès)
Construire ensemble. Liens premiers, familles, institutions

Paméla Frask (2015, congrès)
Les processus de transmission et de filiation au cœur de l’analyse de la pratique

Maurice Hurni et Giovanna Stoll  (2013, congrès)
Le délire dans le réel

Maryse Lebreton
Le narcissisme et ses dérives

Véronique Lemaitre (2012, congrès)
Le plaisir d’apprendre ensemble : un ciment face aux angoisses archaïques de la période périnatale

Véronique Lemaitre (2010, congrès)
Transmission des traumatismes vécus

C. Pigott
Historique, cadres et théorie de psychanalyse groupale et familiale

P.-C. Racamier
Décervelage et perversion dans les institutions

François Richard (2016, congrès)
Nouvelles considérations sur l’actuel malaise dans la culture

Simona Taccani (2013, congrès)
Le délire dans le réel

Bernard Voizot (2015, congrès)
Les processus de transmission et de filiation au cœur de l’analyse de la pratique

Steven Wainrib (2009, congrès)
Le voyage sur Mars. La paradoxalité serait-elle soluble dans le jeu analytique ?

C. Pigott
Historique, cadres et théorie
de psychanalyse groupale et familiale

Historique

Freud et les formations collectives

La réflexion de Freud concernant les formations collectives forme une partie importante de son oeuvre. Trois ouvrages majeurs la constituent: "Totem et tabou" en 1913, "Psychologie des foules et analyse du moi" en 1921, "L'homme Moïse et la religion monothéiste" dont l'élaboration s'échelonna de 1934 à 1939. A cela s'ajoutent des écrits qui traitent de sujets directement rattachés à la question des formations collectives et qui concernent, le plus souvent, la religion et ses mythes comme "L'avenir d'une illusion" (1927) et "Malaise dans la culture" (1929). Mais, il y a, ici et là, de multiples références à la culture, au groupe d'origine, à la société qui sont autant de renvois à l'intérêt de Freud pour le contexte dans lequel l'homme vit et se développe.

La première référence concernant le rôle des représentations véhiculées par les collectivités humaines dans la psyché de l'individu est consignée dans la lettre à Fliess du 12 décembre 1897: "... Imagines-tu ce que peuvent être les mythes endo-psychiques? Eh bien, ce sont les dernières productions de mon activité cérébrale. L'obscure perception interne par le sujet de son propre appareil psychique suscite des illusions qui, naturellement, se trouvent projetées au dehors et, de façon caractéristique, dans l'avenir, dans un au-delà. L'immortalité, la récompense, tout l'au-delà, telles sont les conceptions de notre psyché interne... C'est une psycho-mythologie". Ce n'est qu'un certain nombre d'années plus tard que cette question est reprise systématiquement, lorsqu'il compare les représentations mythiques à celles du rêve. Mais, en ce domaine, il fut devancé par ses élèves, par Otto Rank avec ses trois conférences consacrées au "Drame de l'inceste et ses complications", en 1906, lorsqu'il fut admis aux "Soirées psychologiques du mercredi soir". Elles devinrent, en 1912, un ouvrage considérable ("Le motif de l'inceste dans la poésie et le légende"). Freud fut aussi précédé par Karl Abraham qui, en 1909, dans "Rêve et mythe - Contribution à l'étude de la psychologie collective", proposait d'interpréter le mythe sur le modèle de l'interprétation du rêve, en affirmant que le même symbolisme règne de part et d'autre (p.173). Enfin, il y eut C.G. Jung avec ses archétypes, ce qui conduisit Freud à statuer sur un domaine qui menaçait de faire suivre à la psychanalyse un chemin hors des principes de la méthode qu'il avait créée. C'est ainsi qu'il écrivit "Totem et tabou". Mais, même si une part importante de l'uvre de Freud concerne les formations collectives, c'est du sujet pris dans sa singularité dont il s'est sans cesse préoccupé et, bien qu'il ait écrit que l'on devait "conclure que la psychologie de la foule est la plus ancienne psychologie de l'homme" ("Psychologie des foules et analyse du moi", p.191), c'était pour affirmer dans la foulée que la psychologie individuelle est tout aussi ancienne.

Ainsi, Freud n'a pas avancé une psychanalyse des formations collectives dont il aurait institué le cadre et le dispositif, toutefois, sa recherche l'a amené à formuler des théories et des hypothèses quant à leur fonctionnement. De plus, il s'est ouvert à de nouveaux horizons de réflexion. Dans "Totem et tabou", il pose la question: "Où se trouve dans cette évolution la place des divinités maternelles, qui ont peut-être précédé partout les dieux-pères? je ne saurais le dire." (p.171). Sans entrer dans le détail de ses idées, nous dirons que Freud aboutit à une théorie complète de la formation des groupes humains, en particulier pour ce qui est de celui dominé par le chef de la horde qui préfigure le père et, à ce propos, il utilise pour y réfléchir tous les mécanismes qu'il a définis pour l'individu pris isolément. Dans "Psychologie des foules et analyse du moi", identification, projection et étayage sont décrits dans leur forme définitive et le chef de la horde apparaît comme l'instance refoulante et interdictrice du désir incestueux. De plus, Freud y annonce les instances nouvelles de sa deuxième topique: l'idéal du moi autour duquel les membres d'une collectivité se rassemblent, instance qui deviendra le surmoi. Il s'agit donc bien d'une théorie groupale. Toutefois, à aucun moment, il n'a été question d'instaurer un dispositif analytique groupal.

Aux États-Unis

C'est dès avant les années vingt qu'un des fondateurs de la Société Psychanalytique Américaine, Trigant Burrow (1875-1950), a tenté d'élaborer une théorie de la psychanalyse groupale et de poser les principes d'un "setting" qui lui soit propre. Peut-être inspirés par lui, certains psychanalystes tentèrent l'aventure entre les deux guerres, mais nous ne saurions appliquer le terme de "psychanalyse groupale" à ce qui a été réalisé. En effet, bien que les initiatives aient été intéressantes, il s'agissait, le plus souvent, de méthodes qui utilisaient les concepts de la psychanalyse à la compréhension de ce qui se passait dans les groupes ( Louis Wender et Paul Schilder). De son côté, Alexander Wolff tenta une compréhension des groupes au travers des schémas familiaux, et Samuel Slavson appliqua la psychanalyse aux groupes d'enfants et d'adolescents. Nous n'oublions pas Jacob Moreno, dont la théorie et la pratique sont cependant difficiles à associer à la psychanalyse. Après la guerre, une immense littérature, plus ou moins proche de la psychanalyse, fut publiée. Mais on ne saurait y voir, au-delà des innovations techniques et de l'observation détaillée de la dynamique groupale, une "psychanalyse groupale". Mentionnons enfin les applications de la psychanalyse à la famille, avec comme chef de file Nathan W. Ackerman ("The Psychodynamics of Family Life", 1958).

En Grande-Bretagne

S.H. Foulkes entreprit des psychothérapies dites "psychanalytiques de groupe" dès 1938 et fut le fondateur, après la guerre, d'un mouvement "groupanalytique" qui connut un grand développement. Foulkes partait des prémices que l'homme est un être éminemment social et que tout trouble névrotique a son origine dans des relations sociales perturbées. Il fit école en Grande-Bretagne, ainsi que dans plusieurs pays d'Europe et d'Amérique. Mais, la figure dominante en ce domaine est, sans conteste, Wilfred Bion qui élabora une théorisation psychanalytique groupale originale avec sa topique, ses processus, sa métapsychologie et la jonction avec la psychanalyse individuelle. A Bion se rattache Henry Ezriel avec la tension commune de groupe et le dénominateur commun (fantasmatique) des groupes. Partant du groupe de base dont la structure est protomentale et dont le "moteur" semble être une scène primitive orale très archaïque, Bion découvre des organisations spécifiques: les présupposés de base; la mentalité de groupe et la culture de groupe; de plus, il considérait le groupe comme le dispositif de choix pour l'élaboration de l'identification projective; enfin, le psychanalyste sert de pôle transférentiel pour l'interprétation et préserve ainsi le groupe de travail. Ses travaux eurent une influence majeure à la Tavistock Clinic dans la poursuite de la reflexion sur la psychanalyse et les groupes.

En France

Sans préjuger de l'intérêt des travaux qui ont été faits en Italie et en Argentine (I. Berenstein, L. Grinberg, J. Pujet, E. Pichon-Rivière, S. Resnik, etc.), ainsi que dans d'autres pays, nous pensons que, du point de vue de la pensée psychanalytique, l'idée d'une "Ecole Française de la psychanalyse appliquée au groupe", avec pour chef de file Didier Anzieu, fut un temps important qui a abouti à l'élaboration d'une "psychanalyse groupale". A partir du psychodrame ("Le psychodrame analytique chez l'enfant" date de 1956), et stimulé par les articles de S. Lebovici, R. Diatkine et E. Kestemberg ("Application de la psychanalyse à la psychothérapie de groupe et à la psychothérapie dramatique en France" en 1952 et "Bilan de dix ans de pratique psychodramatique chez l'enfant et chez l'adolescent" en 1958), Anzieu s'est lancé dans une recherche psychanalytique sur les groupes de diagnostic avec la fondation du CEFFRAP en 1962, recherche qui visait à étudier l'articulation entre les psychés individuelles et les groupes humains. Elle a mis en évidence des formations groupales agissantes dans l'inconscient de l'individu. L'article de J.-B. Pontalis "Le petit groupe comme objet" (1968) en fut une émanation. En 1972, Anzieu fondait avec René Kaës, Angélo Béjarano, André Missenard et Jean-Bertrand Pontalis la collection "Inconscient et culture" où, en plus des auteurs déjà cités, il rendait justice à d'autres précurseurs français en ce domaine, Simone Decobert et Michel Soulé. En 1975, avec la publication de son ouvrage "Le groupe et l'inconscient", la psychanalyse groupale obtenait ses lettres de noblesse. Il y abordait, entre autres, "l'analogie du groupe et du rêve," "L'illusion groupale", "Le groupe est une bouche...", "Le fantasme de casse...", les organisateurs du groupe et ses désorganisateurs, enfin, la dimension paradoxale était abordée comme "figure de la pulsion de mort". Peu après, Anzieu a posé que "l'inconscient est structuré comme un groupe". René Kaës, a poursuivi sa propre recherche sur la groupalité psychique et les divers niveaux de sa représentation, ainsi que leurs niveaux de communication avec "L'appareil psychique groupal". Son oeuvre est résumée dans son livre "Le groupe et le sujet du groupe" (1993). Dans cette direction, nous n'oublierons pas les travaux de la Société Française de Psychothérapie de Groupe, fondée en 1962 et devenue en 1984 la Société Française de Psychothérapie Psychanalytique de Groupe (SFPPG).

Le « groupe-famille »

Le dernier volet de cette recherche, en France, émane des psychanalystes qui se sont centrés sur le "groupe-famille", charnière reconnue entre l'individuel et le groupal. L'importance des schémas familiaux en tant qu'organisateurs des groupes avait été depuis longtemps reconnue, en particulier par Ezriel. Nous soulignerons, à ce propos, les travaux originaux du Collège de Psychanalyse Groupale et Familiale (C.P.G.F.) auquel Anzieu a participé activement en association avec ses fondateurs: Paul-Claude Racamier, Simone Decobert, Jean-Pierre Caillot et Claude Pigott. Racamier, en approfondissant la connaissance des psychoses, des schizophrénies et des perversions, avait avancé un certain nombre de notions et de concepts dont l'intrication avec les instances parentales et familiales était évidente, en particulier, pour tout ce qui concernait l'originaire. Mais, des concepts tels que les fantasmes-non-fantasmes dont le prototype était l'autoengendrement, demandaient à être précisés quant à leur lieu d'existence et leur mode de représentation; il en était de même du paradoxe, dûment défini par Racamier et dont la notion avait été développée par Anzieu dans son article "Le transfert paradoxal" (1975). Elle trouvait son illustration dans l'article de Simone Decobert "Familles à transaction paradoxale", publié en 1987 dans GRUPPO 3. Les travaux de Claude Pigott, développés dans son "Introduction à la Psychanalyse Groupale" (1990) puis dans "Les imagos terribles"(1999), touchent directement à l'établissement d'une continuité entre la métapsychologie individuelle et celle des formations groupales. D'une façon plus individuelle, il est important de faire état des travaux d'Alberto Eiguer ("Un divan pour la famille", "La parenté fantasmatique", etc.) qui, tout en étant centrés sur la famille, englobent le champ groupal.

La mise en plac du dispositif groupal

Burrow mit en place d'emblée le dispositif devenu à présent classique pour les analystes de groupe : rassembler une dizaine de personnes, les recevoir régulièrement en les priant d'associer librement. Au début, il donna le nom de "laboratoire" à ses séances et, lorsque la méthode fut au point, il l'appela "Groupanalysis". Le terme fut repris en Grande-Bretagne par Foulkes et a été conservé depuis. Sans nier l'intérêt de la groupanalyse, il est à noter qu'elle ne s'adresse qu'à des adultes, même si nous mettons au crédit des analystes américains d'avoir appliqué les techniques groupales à des adolescents, des enfants, ou à des catégories diverses de patients. Mais, pour beaucoup de praticiens, la psychanalyse n'était plus qu'un pieux souvenir qu'il fallait dépasser : la groupanalyse de Burrow devint la mystérieuse "phyloanalyse", et le psychodrame de Moreno ne pouvait être assimilée à la psychanalyse. C'était le début des méthodes actives qui allaient se développer aux Etats-Unis durant plusieurs décennies sans que leurs liens avec la psychanalyse soient clairement définis. Des applications nouvelles furent faites avec les "groupes larges" et dans des contextes institutionnels pour en analyser les tensions (Anzieu y a réfléchi dans "Le groupe et l'inconscient"); avec les "groupes Balint", dans une perspective didactique, pour étudier les situations créées par la confrontation aux problèmes psychoaffectifs des patients.

Mais, en définitive, seuls Bion et Ezriel en Grande-Bretagne pouvaient être considérés comme voulant établir véritablement la cohérence métapsychologique avec la psychanalyse classique. C'est en France que cette volonté s'est manifestée avec le plus de continuité.

Les psychanalystes familiaux ont été à l'origine d'initiatives novatrices, dans l'abord des symptomatologies difficiles: la psychose et la schizophrénie, les névroses graves, les symptomatologies perverses ou psychopathiques, les conséquences des traumas de la violence familiale et des relations d'objet manipulatrices liées à la pulsion d'emprise. L'approche systémique a ouvert le dossier de la paradoxalité et de ses conséquences relationnelles mais, c'est la perspective psychanalytique groupale-familiale qui, en définitive, a permis une meilleure compréhension des enjeux intérieurs de ces situations et une meilleure élaboration.

Les dispositifs mis en place

Les groupes d'adultes

  • Groupes psychanalytiques d'association libre: six à dix personnes en moyenne sont assises durant trois quart d'heure à une heure pour associer librement. Un ou deux psychanalystes interprètent le « matériel » exprimé : fantasmes, rêves, échanges divers et généraux prenant le caractère d'une conversation mais, en fait, contenant les associations du groupe, constituant une histoire et laissant apparaître les projections et les manifestations transférentielles.
  • Groupes psychodramatiques, de la même importance et d'une durée équivalente que précédemment. Les participants sont sollicités au niveau de leur imagination pour composer un scénario, choisir des rôles, les incarner et les jouer. Une fois le jeu terminé, les psychanalystes invitent les participants à faire part de leurs pensées et fantasmes concernant le jeu et, les psychanalystes, commentent le matériel du jeu. Le psychodrame est plus particulièrement indiqué pour les personnes ayant des résistances à dévoiler leurs fantasmes.
  • Psychodrame individuel avec un groupe de psychanalystes. Le patient invente un scénario avec l'aide des analystes qui sont autour de lui (quatre à six). Après le jeu, les analystes et le patient élaborent le matériel du psychodrame. L'indication est préconisée pour les cas-limite ainsi que pour des structures psychotiques ou schizophréniques.
  • Sculpture de groupe: elle dérive du dispositif précédent. Plusieurs personnes sont pressenties pour composer une "sculpture" ou "tableau". Elles restent immobiles dans les poses qu'elles ont choisies, puis, font état de leurs associations autour de leurs vécus qui sont interprétés.
  • Des groupes par pathologies ont été pratiqués, toutefois les résultats ne sont pas concluants. Il est, en effet, déconseillé de regrouper des psychotiques ou des patients à tendances psychopathiques pour des raisons d'effets de résonance qui compromettent les capacités de contrôle et de recul par rapport à la vie fantasmatique. Toutefois, les groupes d'adultes qui ont été victimes d'inceste ou de violences sexuelles sont appropriés à la résolution des conflits.

La famille et les couples

  • La psychothérapie familiale: le groupe familial est pris dans son ensemble avec les parents et les enfants (parfois les grands parents aussi). La dynamique inconsciente familiale est explorée au travers des échanges. Il n'y a pas de contre-indication à l'analyse familiale mais elle s'avère des plus utile à l'égard des familles à tendances perverses, psychotiques ou "incestuelles" qui, généralement, sont repliées sur elles-mêmes.
  • Le psychodrame familial, qui suit les mêmes règles que le psychodrame de groupe, sert à analyser une vie fantasmatique inconsciente inhibée mais présente dans les agirs familiaux. Il met en lumière la circulation des messages infra-verbaux dans la famille et en dégage les significations.
  • Les groupes de parents: les parents d'enfants à problèmes sont réunis pour élaborer ensemble les situations créées par la symptomatologie de leurs enfants. Ces enfants sont, en fait, les révélateurs de troubles plus généraux concernant la famille mais dont les parents sont inconscients.
  • L'analyse de couples peut entrer dans le registre des groupes. Si la relation dans le couple est plus particulièrement spécifiée comme but de l'analyse, les enfants, s'il y en a, sont immanquablement au centre de la problématique analysée, de plus, leurs familles respectives le sont aussi, agrandissant le couple à des dimensions groupales voire tribales.

Les groupes d'enfants et d'adolescents

  • Les groupes de jeunes enfants, le plus souvent agissants, conduisent à ce que nous avons déjà mentionné, à savoir, les groupes d'association libre pluri-expressionnelle qui tient compte des difficultés de contrôle des jeunes enfants. La finalité est de dégager le sens occulte de cette "pluri-expression". Le respect du cadre est un facteur important qui est, à présent, bien codifié et permet de conserver les règles de travail de la psychanalyse et sa finalité.
  • Avec les enfants en période de latence et surtout à l'âge de la préadolescence, le psychodrame semble mieux indiqué. Les enfants, tournés vers le monde extérieur, ont une propension à l'agir qui exprime leurs problèmes internes qu'il convient de pouvoir analyser pour en connaître les contenus.
  • Chez les adolescents, nous sommes dans une situation proche de celle de l'adulte et le mode selon lequel sera appliquée la technique groupale (psychanalyse de groupe, psychodrame de groupe ou psychodrame individuel) dépend de l'évaluation du psychanalyste. Leur capacité à livrer leurs fantasmes peut paraître accrue par rapport à l'adulte mais, se livrer peut prendre pour eux un caractère très persécuteur. L'indication est délicate et doit être faite avec discernement.

Les groupes institutionnels (grands groupes)

  • Des institutions peuvent être l'objet de crises dites "institutionnelles" graves qui mettent en péril leur fonctionnement et, même, leur existence. Face à un péril de cet ordre, faire appel à une équipe d'analystes qui en a la pratique semble justifié pour en dégager les enjeux inconscients ainsi que les mobiles conscients mais occultés.

Les enjeux théoriques

Il est certain que la mise en place d'un dispositif groupal auquel on tentait d'appliquer une réflexion psychanalytique s'écartait tant du modèle "divan-fauteuil" qu'il était naturel d'y voir le surgissement d'une résistance. En effet, Freud avait conçu sa découverte dans le contexte de l'appareil psychique individuel et, d'une façon générale, la cure était là pour reconstituer l'intégrité du "Je" menacé. Pourtant, Burrow avait considéré qu'il respectait la pensée freudienne en concevant une métapsychologie originale, spécifique, dont on pourrait dire qu'elle prenait pour point de départ la mère originaire (les "divinités maternelles" sur lesquelles Freud s'était interrogé) et les liens "organiques psychiques" qui s'établissent avec elle dans la petite enfance, liens comparables à ceux décrits dans l'engrènement de Racamier. Cette relation préfigurait celle réalisée plus tard avec le groupe social environnant qu' il se proposait d'élaborer avec son dispositif groupal. A l'image de ce que Bion théorisa plus tard, avec plus de bonheur, par son système protomental et l'identification projective, la psychanalyse groupale se prêtait à l'élaboration des liens précoces avec la mère, avant que n'intervienne le père, en un point où l'émotionnel, l'agi et le biologique demeuraient confondus. Cette filière fut reprise par Kaës à partir de la Mère-Monde; le protogroupe (ou archigroupe), pour se poursuivre dans des représentations groupales plus élaborées. Nous n'hésitons pas à faire le parallèle avec la topique interactive de Racamier faite de liens engrénés et mus par la pulsion d'emprise qui sont spécifiques de la Mère originaire.

Un autre obstacle à l'acceptation du dispositif groupal par les psychanalystes était l'aspect, si l'on peut dire, interactif des groupes: toutes sortes d'événements infra-verbaux, non mentalisés constituaient une part importante de la communication dont le sens échappait souvent à la conscience et à l'analyse. Cette question fut abordée par Anzieu à propos de la résonance fantasmatique dont il dit qu'elle est "le regroupement de certains participants autour de l'un d'eux qui a donné à voir ou à entendre à travers ses actes, sa manière d'être ou ses propos (c'est nous qui soulignons), son (ou un de ses) fantasme individuel inconscient". Selon Missenard le groupe est une mise en scène du porteur du fantasme où chaque protagoniste occupe une des positions individuelles incluse dans son scénario fantasmatique, de plus, il pense que la résonance fantasmatique prend son origine dans la relation duelle et symbiotique entre l'enfant et sa mère. Nous pourrions dire que toutes les thèses se recoupent. Aussi, une des tâches de ce dispositif est, précisément, de désocculter ce qui est inclus dans les agirs afin qu'ils prennent sens et soient représentés psychiquement; elle le fait au sens où ce qui est inclus dans la relation duelle originaire mère-enfant advient à la pensée. Anzieu s'est efforcé de définir des organisateurs fantasmatiques des groupes, qui sont autant de points de repère pour interpréter les groupes. Ce sont, en plus de la résonance fantasmatique, qu'il considère comme le premier organisateur, les fantasmes originaires, les imagos et, enfin, le complexe d'Oedipe. Ces organisateurs jouent, à la fois, sur les groupes internes, représentés, et externes, concrets. Dans cette direction, nous ne saurions passer sous silence l'illusion groupale (1971) conceptualisée en continuation des travaux de Winnicott sur l'espace d'illusion et qui constitue le moment fondateur des groupes.

Il restait que la question du transfert était centrale et présentait des difficultés à être située. Pour Bion, il était clair que le psychanalyste était au centre des préoccupations des participants et que tout s'exprimait, de près ou de loin, par rapport à lui dans le groupe. Toutefois, il faut distinguer, le transfert sur l'analyste dans ses formes individuelles et groupales, percevoir dans quelle mesure le dispositif groupal lui imprime des formes spécifiques et repérer le dénominateur commun (Ezriel) afin d'interpréter en fonction de ce facteur. De plus, il est clair que le transfert dans un petit groupe mobilise des représentations d'un ordre différent que dans un groupe large en raison du fait que la régression (topique et formelle) est, si l'on peut dire, proportionnelle à leur dimension. La situation est compliquée par l'inter-transfert qui concerne ce que les participants mobilisent de fantasmes les uns par rapport aux autres et il faut penser aussi à ce qui se passe entre les analystes eux-mêmes. Enfin, il y a le transfert sur le groupe où l'on retrouve le rôle de l'illusion groupale à l'origine du groupe, avec tout ce que cela fait resurgir d'originaire pour chacun. Dès lors que des stratifications archaïques sont mobilisées, il faut être attentif au contre-transfert. Une situation complexe, donc, où l'expérience et la concertation jouent un rôle important dans l'appréciation du matériel concerné.

La question du groupe comme objet a été abordée par Pontalis : c'est un objet externe qui est investi comme un tout. Pour éclairer sa représentation interne, nous pourrions dire que l'objet interne kleinien, la mère qui contient toute la famille et son environnement, est un objet-groupe interne. Les échanges entre les deux constituent le modèle des processus groupaux sur lesquels l'analyste s'appuie pour comprendre le fonctionnement groupal. Chaque participant apporte son groupe interne qui est agissant sur le groupe du dispositif analytique et inversement. A ce propos, Simone Decobert, commentant les travaux de Claude Pigott, écrivait dans sa définition de l'objet- groupe du Vocabulaire de Psychanalyse Groupale et Familiale: "En montrant la continuité entre l'objet-individuel et l'objet groupal, C. Pigott recourt à l'utilisation de la groupalité quasi originaire qu'il retrouve à la base des différents temps de la construction de l'objet-groupe. Pour constituer cette groupalité, l'imago maternelle primaire élaborée dans le rapport au sein par identification projective, n'est pas exempte de la rencontre des fantasmes originaires de la Mère, témoins de son insertion groupale et sociale. Puis, la rencontre du Père structure et hiérarchise la groupalité de l'imago-maternelle contenante de la totalité du monde. Enfin l'introjection du groupe familial externe de base sera le troisième temps de cette contribution au groupe interne, l'objet-groupe précédant donc l'objet individuel". Dans un travail plus récent, "Les imagos terribles", Pigott, qui reprochait aux théories régnantes d'être trop uniquement descriptives des mécanismes de la "dynamique groupale", a voulu élaborer une métapsychologie groupale psychanalytique complète avec sa topique spécifique, son rôle dans l'inconscient, une groupalité dont on suivrait les stades psychogénétiques successifs, une description de la participation des formations groupales dans la formation du sujet et de son moi, celle des modes de représentation des groupes depuis celui de la réalité perçue de l'interactif et de l'agir, à celle de représentant-représentation avec l'accession à la pensée, la relation qui existe entre ces diverses catégories de représentations, enfin, celle du chemin qui mène des formes archaïques d'organisation à celle de l'Oedipe.

Dans cette entreprise, des stades de la groupalité qui s'enchaînent psychogénétiquement sont définis. Le premier est le stade narcissique-paradoxal qui s'appuie sur la notion de position narcissique-paradoxale et, plus particulièrement, dans son mode univalentiel dégagé par Jean-Pierre Caillot. Suivent, ensuite, le groupe originaire, relatif à la Mère; le groupe primaire, qui est le stade étudié par Freud sous la domination du chef de la horde, et , enfin, le groupe secondaire ou oedipien qui clôture cette évolution de la groupalité. Au passage, la scène proposée de la représentation des fantasmes-non-fantasmes de Racamier qui était restée incertaine, est celle des mythes originaires des communautés culturelles. Ils sont antoedipiens et contiennent tous des représentations de l'autoengendrement. Concernant la topique interactive, le concept de représentant-incarnation est proposé pour définir les "habitants" imagoïques qui la peuplent. Enfin, un certain nombre de postulats sont énoncés concernant la nature psychotique de la pensée groupale, en conséquence de quoi, les mythes, qui sont de cette nature, ne sont pas là pour être réifiés, c'est-à-dire réalisés concrètement, ainsi que périodiquement l'histoire nous en montre l'exemple, mais pour rester dans des représentations scénarisées qui n'appartiennent qu'aux dieux, au sens grec du terme. Les hommes, qui en sont exclus, doivent se contenter de leurs représentations sur la scène de la culture avec des niveaux de croyance divers (mythes originaires, dogmes religieux, théâtre, littérature, art sous toutes ses formes). Par ces considérations, il semble que la psychanalyse groupale s'engage dans l'analyse de la "pathologie des communautés culturelles" dont parlait Freud dans "Malaise dans la culture.

Bibliographie

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Payot, Paris, 1981.

Freud S.
L'homme Moïse et la religion monothéiste
Gallimard, Paris, 1986.

Freud S.
Analyse terminée et analyse interminable
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