Textes

Altounian, Janine

Amy, Marie Dominique

Caillot, Jean-Pierre

Carel, André

Catoire, Gilles

Ciccone, Albert

Defontaine, Jeanne

Delion, Pierre

Paméla Frask

Maurice Hurni et Giovanna Stoll

Lebreton, Maryse

Lemaitre, Véronique

Pigott, C.

Racamier, P.-C.

Richard,François

Taccani, Simona

Voizot, Bernard

Wainrib, Steven

P.-C. Racamier
Décervelage et perversion dans les institutions

Décervelage et perversion dans les institutions

La conférence qui suit faisait partie d'un cycle de conférences consacrées au sujet de la perversion et la société, que nous avions organisé à Lausanne, en 1995. En effet, les mécanismes spécifiques de la perversion, et particulièrement de la perversion narcissique, nous étaient apparus déborder largement le territoire du cabinet médical. Il n'était même pas question d'« extension » ou d'« homonymie » : c'était bien à l'identique que nous retrouvions les mécanismes à l'œuvre dans les familles et dans notre société contemporaine. Ceci à l'inverse du fonctionnement névrotique décrit jusque-là par la psychanalyse et qui, lui, se montrait (relativement) indépendant du contexte social.

Cette jonction entre des mécanismes intrapsychiques et des dysfonctionnements sociaux s'avérait pourtant tout sauf aisée à présenter. Évidente pour nous, elle suscitait beaucoup de réticences chez les confrères calfeutrés dans leur cure-type – sans parler de l'opposition véhémente de tous les pervers ordinaires qui avaient, jusque-là, pu œuvrer dans une certaine impunité, les outils scientifiques et psychologiques pour les appréhender manquant.

C'est ainsi que nous en sommes venus à faire appel à certaines grandes figures ayant abordé le thème de la perversion (Janine Chasseguet-Smirgel, Paul Claude Racamier, Maurice Berger, Jean-Pierre Caillot). Tous avaient effectivement déjà été sensibles à cette très grande proximité entre la pathologie perverse individuelle et sociale. Parmi les travaux de Racamier, ceux qui portaient sur l'existence d'éventuels « noyaux pervers » au sein d'institutions nous ont beaucoup intéressés. Autant lui que nous-mêmes y avions été confrontés, sous des angles divers. Nos échanges sur ce sujet furent particulièrement fructueux. Ils préfiguraient d'ailleurs le succès de cette conférence qui fut considérable. Le concept de noyaux pervers, les mots spécifiques qu'il apportait à l'auditoire firent mouche. Parmi les auditeurs captivés, de nombreux identifièrent des institutions qu’ils connaissaient ou supervisaient et Paul Claude Racamier nous confia par la suite que plusieurs d'entre eux l'avaient contacté pour lui demander conseil, se trouvant dans telle ou telle position délicate à ce sujet.

De toute évidence, ce concept rencontre effectivement une réalité sociale patente et assez courante. Pour autant, bien des aspects méritent encore d'en être explorés (existe-t-il des « noyaux névrotiques » au sein d'institutions perverses ? par exemple). Ce pourrait être là l'un des nombreux legs que nous a laissés Racamier en héritage...

Maurice Hurni et Giovanna Stoll